
Le village caché
Par Jigmat Lundup, 2025
Relakung est un village quelque peu caché. Depuis Phey, au Zanskar, on peut y accéder en franchissant un col escarpé de 5 180 mètres. Relakung est composé de deux communautés, Relakung-Nangma et Relakung-Phima, qui comptent ensemble une dizaine de maisons. L’emplacement du village est unique, perché à plus de 4 000 mètres et encadré par deux glaciers, Hamiling Kangri et Zanskar Langgo Kangri. À Relakung, les étés sont courts et les hivers longs et rigoureux. Bien que Relakung se situe au Zanskar, ses habitants semblent se considérer à part du reste de la région. Lorsqu’ils veulent se rendre à Padum ou à Phey, ils disent : « Allons au Zanskar. » Lorsqu’un visiteur arrive de Padum ou d’un autre endroit du Zanskar, les habitants de Relakung l’appellent souvent « Zanskarpa ».
Qu’est-ce qui a conduit à l’établissement d’une communauté dans ce coin isolé du Zanskar ? Selon une histoire racontée par Tsering Lhamo de Relakung-Phima, Relakung aurait été fondé par meme Kabchu, un Khampa tibétain. Meme Kabchu serait venu à Relakung après une dispute avec son frère du palais de Zangla. Pour rivaliser avec lui, il aurait construit un édifice à Relakung similaire au palais de Zangla. Avec meme Kabchu, Relakung aurait été associé à des lignées aristocratiques. À un moment donné, une épouse aurait été amenée de Dakshos, une famille royale de Khalatse.
C’est pour assurer la continuité de la lignée de Phima Kangpa que Tsering Lhamo a été amenée de Stongdey à Relakung à l’âge de 12 ans. Le fils du couple de Phima Kangpa était décédé peu après son mariage, tandis que leur fille avait déjà épousé un homme de Karsha. L’oncle de Tsering Lhamo, un moine de Stongdey, qui effectuait des rituels à Phima Kangpa, était au courant de la situation. C’est ainsi que Tsering Lhamo fut amenée à Phima Kangpa, accompagnée du petit-fils du couple, originaire de Karsha. Le mariage futur entre le garçon et la fille fut alors arrangé.
Ce n’est que lorsqu’elle fut un peu plus âgée que Tsering Lhamo prit conscience de toutes les décisions qui avaient été prises pour elle. Chaque fois qu’elle rendait visite à ses proches à Tsazar ou Stongdey, elle résistait farouchement à l’idée de retourner à Relakung. Lorsqu’elle eut son premier enfant, elle retourna à Stongdey pour une année entière. Elle était déterminée : elle ne voulait pas revenir à Relakung. À un certain moment, elle dut cependant se résigner à son destin et y retourner. Pourtant, à chaque visite de son oncle, elle insistait pour qu’il l’emmène à Stongdey. Elle pleurait souvent. Tsering Lhamo confia que, chaque fois qu’elle traversait des périodes difficiles, la seule façon pour elle de surmonter sa tristesse était de chanter des chansons et de jouer du tambour local.



